Par ici, c’est le coin exotique du globe trotteur pathologiquement en mal d’ailleurs. J’ai jamais su tenir ni en place, ni en classe, et les étiquetages de supermarché ont été la source de ma première révolte métaphysique.
Mais avant de rentrer dans le vif des-dits carnets, je songeais à me fendre d’une introduction ; annoncer la couleur, quoi. Décollage le 20 octobre, donc. Pourquoi l’Inde ? Et plus spécifiquement, l’Inde du sud, lorsque les images d’Épinal suggèrent, en vrac : Pied de l’Himalaya, patchouli, Pataugas’ (le guide du routard dans la poche, Haré Krishna à mort, ch’veux noués, oreilles percées *sic*) l’herbe à chats de Katmandou -une variété de thym-, et diverses visions sous acide lysergique des papier-peints floraux de mémé ?
Parce que le nord, en gros clichés, c’est le grand écart entre bling-bling et misère noire, tourisme à-pépé enrobé de Taj-Mahal (la légende veut qu’on y fasse même du miel, comme sur le toit de l’Opéra de Paris, c’est dire) et autre forteresses Rajahstanies en terre cuite. Sirupeux en diable. Ce ne sont probablement que des idées reçues, mais il faut bien se baser sur quelque chose pour opérer un choix, même si cette base présente la consistance et la stabilité moléculaire du porridge écossais.
Et puis, le sud de l’Inde, c’est un réservoir à idées folles. En vrac : c’est là qu’un quelconque glandeur désœuvré a pensé le zéro, marquant le point de départ de mes déconvenues en cours de math. C’est aussi cette ruralité pauvre, où tout se fait à force d’homme, mais où l’on mange à peu près à sa faim (comparativement, disons, à Calcutta ou Delhi). Le berceau de trois mille ans d’une culture riche et ininterrompue, ayant absorbé chaque conquérant depuis Alexandre le grand jusqu’à Lord Mountbatten -dont on dit que l’épouse a pas mal absorbé Ghandi- ; chaque religion et ses réformes internes sans (trop) éclater d’indigestion ou d’hypermnésie. Franchement, avant que Jinnah ne défèque le Pakistan, on aurait pu déborder d’analogies douteuses avec l’Andalousie du douzième siècle taille XXL. Tout ça pour une obscure brouille d’amour propre avec Ghandi… Le genre de souris historique qui accouche d’un éleph… d’un océan d’emmerdes. Mais j’arrête là avec les allusions historicomiques.
Enfin, pour cette affaire de culture millénaire, avant que vous ne repreniez votre morgue bien occidentale pour qui les siècles passés ne comptent pas (comment ça, ils n’avaient même pas d’I-Phones ? Tsss…) songez un peu : c’est comme si vous alliez payer vos respects à Bélénos pour Beltane… O.K. ça ne changerais pas grand chose en apparence avec le saut par dessus les feux de la Saint-Jean, mais vous sauriez pourquoi vous avez l’air aussi idiot que brûlé : le satisfecit de faire tout comme les innombrables et antédiluviens couillons avant vous. Et ce sera l’occasion de me sevrer de mon addiction aux tranches sanguinolentes de bœuf…
Enfin, cet attrait pour le sud, c’est aussi Hampi, cité des treize temples, dernière capitale impériale des empires védiques pré-Moghols (c-a-d avant que les conquérants islamiques ne viennent leur coller une raclée). C’est, par ailleurs, encore très peu touristique et complètement envahi par les singes depuis le film français « Hanuman ». Autant avouer immédiatement que le « gourou » après lequel je cours pour « me trouver » (les clichés ont la vie dure…) sait bien que le nirvana tient en entier dans une séance impromptue d’épouillage. Ces primates philosophes pouvant achever d’un regard appuyé toute réflexion sur l’idylle et le bonheur dans un ballot « Ook… ». Comprendre : « on vous l’avait bien dit que c’était une mauvaise idée de jouer avec le feu… »
Enfin ce sont les multiples comptoirs marchands d’autrefois qui ont à présent surtout laissé comme héritage leur cosmopolitisme brouillon. Goa, Cochin, Pondichéry… Mais j’y viens :

Feuille de déroute.
Vous l’aurez deviné, Hampi est le premier lieu que je m’en vais profaner. Bref ; itinéraire : Atterrissage à Bombay ; puis avion pour Goa. J’ai hésité entre avion et train pour le second vol. Mais l’éventualité de passer vingt-quatre heures en wagon à bestiaux affligé d’une hypothétique Turista inaugurale donnerait envie même au plus détaché des stoïques grecs de se séparer de tout ce qui est en dessous de son nombril (planète comprise).
Bref, devant l’hypothèse de voir imposée une des sept plaies d’Égypte à mes tripes, j’ai fait ma chochotte. Je réserve ces désagréments pour mon arrivée à Goa. Escomptant y survive à grand renfort de smecta, bananes et amidon de riz, je ne devrais donc rester en place qu’un peu moins d’une semaine, à priori, avant de prendre le train pour Hospet (l’unique ville proche) puis mes jambes à mon cou pour Hampi. A moins bien sûr qu’il ne me prenne l’envie d’apprendre les diverses façons des massages ayurvédiques, qui, si j’ai bien compris, font aussi office de techniques d’auto-défense.
Mais achevons les conjectures ; passés Goa et Hampi, cap vers l’intérieur des terres et Bangalore : la Silicon Valley Indienne (non, rien à voir avec les seins d’Aishawarya Raï). Grande ville, donc, à propos de laquelle j’ai promis à quelques amis de procéder à d’inventifs sévices corporels sur des Hotliners de S.A.V. Informatique -juste rétribution pour une concurrence déloyale d’un côté, et incompétence notoire selon d’autres-. Deux parties irréconciliables : consommateurs et professionnels d’informatique, auxquels j’abandonne l’entière responsabilité de leurs propos antithétiques et passablement xénophobes.
Après cette expédition punitive, donc, j’irais accessoirement me racheter une conscience en rendant visite à un orphelinat dont sont issus des amis d’enfance. De Hampi à Bangalore, ça fait une trotte ; il se pourrait bien que ça occupe une épaisse portion de mes carnets, surtout au jugé de mon sens de l’orientation de toute évidence réglé sur un gyroscope. N’importe comment, les boussoles manquent cruellement de fantaisie.
Cap sur Mangalore ensuite. Ville de la pointe sud du Karnataka, ou pointe nord du Kerala, selon le point de vue (ne vous crêpez pas le chignon là-dessus, les locaux s’en chargent déjà très bien). Puis crapahute le long de la côte, à travers le Kerala, un État tout en longueur littéralement sillonné de rivières dégoulinantes paresseusement depuis le plateau central du Deccan. Une espèce de paradis pour moustiques -s’ils avaient une âme- et autres insectes suceurs de sang. N’incluez pas les roux dans cette catégorie, merci d’avance.
Enfin, il paraît que les gens y sont particulièrement accueillants. J’y calculerais donc pour vous à quel taux de lancer de cailloux/minute sur étranger fouineur se situe le qualificatif « accueillant ». Périple de loin le plus dangereux (déduction faite des pulsions homicides des informaticiens bangaloris auxquels j’aurais confié en quelle haute estime les tiennent leurs confrères français).
Comme je traverserais probablement l’État dans les deux mois qui suivent la fin de la mousson, les escadrons de moustiques vont certainement me faire un remake de « Mais où est Charlie ? », mais à la sauce locale ; comprendre : « Mais lequel trimballe le palu ? ».

Cacheton oblige, donc. Stock de savarine (à laquelle je pourrais être allergique ; mon père l’est), moustiquaire imprégnée et pschit à l’appui devraient me permettre de m’en tirer sans autre séquelle qu’une paranoïa microcosmique. Quand même ; je me sentirais plus à l’aise si je savais comment déclamer ce mensonge en moustique « J’suis thalassémique ! ». D’après un ami, ça se dit quelque chose comme « bzzzt ». Je le soupçonne de m’avoir menti pour me rassurer. Il veut sûrement ma perte. De toute évidence, je suis mal entouré. Les gens sont des moustiques. Non, je ne suis pas parano. D’ailleurs arrêtez de me lire avec cet air bizarre. AAAAAAAAAAAAH !
Mais revenons à nos moutons du Kerala (une sous-espèce de Dahu). Escale à Cochin au passage, puis entrée dans le Tamil-Nadu par la pointe sud, sans passer par le Sri Lanka, et remontée vers le nord direction Pondichéry. Vu la proximité des lieux, il est plus que probable que je fasse un petit détour un peu au nord via Auroville, histoire d’autopsier ce que donne aujourd’hui une des utopies communautaires engendrées par le spiritualisme « tout à l’égout » des années cinquante.

Excuses préventives.
Pas très précis, la présentation de fin de voyage, je plaide coupable. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai prévu le temps « long » (billet retour prévu pour dans quatre mois, mais échange possible pour prolonger à six mois, moyennant 100€ forfaitaires). Tout ce temps activement procrastiné afin de me promener le nez en l’air, tant que ça me chante, et « perdre mon temps » selon les caciques du « travailler plus ». Envoyer péter le stress ordinaire de nos fourmilières aux calendes grecques, moi, ça me semble plutôt un gain, mais bon, j’dis ça, j’dis rien…
Vous l’aurez saisi sans mal (sans quoi renseignez vous sur les greffes de neurones) le tourisme en rang et au son du clairon mêlé de chansons folklorique élaborées par un G.O. Club Med, ça m’exaspère. Ce voyage, donc, c’est prendre amplement le temps d’aller plus au devant des gens que des lieux. Dans une optique dont je ne me défait pas : La différence qui saute aux yeux, au fond, est d’une affligeante banalité. Personnellement, c’est un peu plus le tronc commun qui ne cesse jamais de m’étonner. Nul besoin de préciser que je file avec dans mon sac à dos le Ramayâna, la Baghavad Gîta et tout le toutim. Même si je ne me fais aucune illusion sur la propension des gens à préférer bavarder du « secret story » et autre « american idol » local. Quoi qu’il en soit et ce sera l’autre fil rouge de ces carnets : au troisième degré, il n’y a déjà plus grand chose de triste. Vous voilà prévenus.
Bon ; je m’en retourne finir ma collection de vaccins contre des maladies qui n’existent -c’est de bon sens- que sous le crâne des virologues tropicaux.
« Comprendre un texte, c’est se comprendre en face d’un texte ».
Paul Ricœur.
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C’est long, j’ai pas le temps, mais ça a l’air fun. :p
Félicitation au chauve pr l’entrée sur lezard spock!
T’es vraiment cruelle Emmy. Je compte sur toi pour commenter à nouveau après lecture!
Sinon rien à dire a part que j’attends les carnets avec impatience.
Un bout d’évasion arrive sur Lezard Spock :-) (Et de chauve aussi, effectivement, Emmy!)
Yeah!
Hâte de lire les carnets ;)
Embrasse la famille de Rajesh Koothrappali pour moi! :’)
Wow, impressionnant ton planning de voyage, je te souhaite beaucoup de plaisir en Inde et n’oublie pas de nous liveTwitter quelques extraits :) As-tu déjà été en Inde ? A en lire par ta connaissance de l’Inde et les nombreuses allusions absolument réelle, j’ai l’impression d’y être ;)
J’espère que lors d’un prochain voyage tu choisiras tout de même le nord, ou encore mieux le Népal :) Comme j’y est vécu jusqu’à l’âge de 15 ans, je n’ai pas une opinion absolument objective, mais au-delà des clichés touristiques, il y a beaucoup à voir et à visiter (en plus je t’offre le séjour dans ma maison d’hôte ;) )
Bravo pour ton article, vivement la suite et comme dirait l’autre : bahot accha yatra* !
*Très bon voyage
@Salya : Héhé très volontiers pour aller voir le nord un de ces quatre alors ! Maison d’hôte ? Chouette, avoir un point de chute où l’on peut ne pas être totalement anonyme est toujours un plus :)
Non, ce sera mon premier voyage en Inde, mes connaissances sur le pays sont jusqu’ici surtout livresques !
Mais j’ai pas mal globe-trotté de par le passé…
Par ailleurs, le planning ci-dessus est prévisionnel, il n’est pas exclu que je décide d’y faire entorse si une envie ou une occasion se présente !
Je suis de la lecture aussi !
Bon voyage.
Bises
Cel
Bon Voyage ! Tu verra l’Inde c’est deroutant au début mais si on se remet du choc on en redemande !
Perso j’ai fait l’Inde du grand Nord , pendant 2 mois:
- stage de 6 semaine au Corbett National Park dans l’Uttaranchal (partagé entre Ramnagar et Almora)
- petite escale a Harridwar puis direction Manali (en bus)
- route (en jeep) de manali a Leh, à travers l’himalaya (en particulier passage de col a 5100 et 5600 m)
- une semaine a Leh, puis retour pepere avec les grand lacs.
Si je peux te donner quelques conseils :
* ne reste pas longtemps dans les endroits à touristes (genre Goa) si tu veux vraiment voir l’Inde. Que ce soit au Nord ou au Sud, on te prend pour une pompe a fric, bonne a arnaquer et/ou a voler et/ou a distribuer de l’argent.
* oublie le smecta : le meilleur moyen de faire sortir la maladie c’est de la faire vraiment sortir ! Par contre, riz, bananes, et surtout sachets de sel mineraux (jsuis tombée dans les pommes en plein resto a Pahar ganj par manque de Sodium apres une nuit disons … penible)
* gaffe aux effets hallucinogene des antipalu … j’ai connu qqun (moi) qui a chassé un moustique geant toute une nuit la tatane a la main !
En attendant d’y retourner, je lirais tes chroniques de voyages!
Bizzzz
J’espère au moins que notre ami a passé les fêtes !
Hello Cel, oui, j’ai bien passe les fetes ! Ceci dit, suite a quelques soucis et surcharges de travail cote france, les carnets ne soient suspendus pour longtemps. Je les publierais donc -en azerty- a mon retour !
Ah ! Contente de te lire ! Je me suis dit : Pas de nouvelles bonnes nouvelles… Mais quand même ! Pourvu que son silence soit la cause d’une aventure torride avec une belle indienne… ^_^
Bon, eh bien on attendra ton retour. Profites-en bien…
Biz
cel
Quelqu’un a des nouvelles de notre cher Athos ? Est-il encore en vie ? ^^
Salut Cel ! De retour en Europe, mais je suis en Espagne en ce moment :) D’ici que je me sois ré-installé à Paris, les news vont être rare ! Et plus en vie que jamais, oui !
Plus en vie que jamais, ça sonne pas mal ^^
A une prochaine alors…